Comment résister à travers la littérature ? L’objet de ce séminaire est d’interroger la capacité de la littérature à défendre une cause sociale, politique, éthique et d’identifier la manière dont le travail sur la langue et l’imaginaire participe à cet engagement. Ce sont donc les liens entre engagement et esthétique qui nous intéressent tout particulièrement. Le corpus principal du séminaire est le roman Atemschaukel (2009) de Herta Müller (prix Nobel de littérature en 2009), qui retrace le parcours d’un prisonnier allemand issu de la minorité germanophone de Rouma-nie dans les camps de travail russes après 1945. Nous analyserons plusieurs extraits du livre, dont par exemple ceux qui évoquent les astuces des femmes prisonnières pour contrer la faim et l’inhumanité. Nous travaillerons également sur la spécificité du langage littéraire de Herta Müller, fortement condensé, acéré, parfois déroutant et énigmatique, afin d’y déceler les mécanismes d’une « esthétique de la résistance ». Si le temps le permet, nous comparerons l’engagement de Müller, dont le comité Nobel a souligné l’aptitude à donner « une image de la vie quotidienne dans une dictature pétrifiée » et à peindre « le paysage des dépossédés », avec celui d’Elfriede Jelinek (prix Nobel de littérature en 2004), qui elle aussi lutte dans ses textes contre les systèmes d’oppression par un travail acharné sur la langue.