L’anthropologie politique aborde la question du pouvoir, de l’autorité, du recours à la force, du maintien de l’ordre et de la cohésion sociale dans toute sorte de société, simple ou complexe, prémoderne ou contemporaine. La réflexion sur l’État est fondatrice de la pensée politique, même si l’État n’est pas la seule forme organisée dans laquelle un pouvoir légitime peut s’exercer. La contribution majeure de l’Anthropologie politique réside d’ailleurs dans la mise en lumière de l’existence de formes non-centralisées de pouvoir qui, tout en se passant d’une organisation étatique, parviennent à maintenir l’ordre et l’équilibre, à assurer la redistribution des ressources, à garantir la sécurité interne et la protection vis-à-vis des menaces venant de l’extérieur. De nombreuses sociétés non occidentales ont pu se structurer de manière cohérente et efficace autour d’autres formes politiques, non-étatiques ou non-centralisées, mais pas pour autant dépourvues de pouvoir et d’autorité, basées sur les principes et les règles de la parenté, sur la communauté territoriale, sur les catégories d’âge. Les formations politiques centralisées, étatiques, voire impériales, ne sont pas non plus inconnues des sociétés précoloniales, amérindiennes, asiatiques, africaines, océaniennes. Toute société, étatique ou non-étatique, présente une stratification sociale, un système d’inégalités, voire une hiérarchie plus ou moins accentuée, basés en premier lieu sur les différences de genre, d’âge, de rang social. De même, aucune formation politique ne semble se passer de rituels spécifiques, dans lesquels le pouvoir se donne à voir, se met en scène, tout en occultant ou en euphémisant la composante de violence qui en constitue le noyau fondateur et irréductible, véritable « part maudite » qu’il convient de cacher en quête d’une légitimité fondée sur l’adhésion et le consensus.